Road 66 – Histoire de la Mother Road, la mythique Route 66

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La mythique Route 66
La mythique Route 66

Mythique Road 66 est devenue le symbole de toute une génération d’Américains épris de liberté et de voyages (motorisés). Elle fut en effet l’icône de la nouvelle Amérique, unie et aventurière. Construite afin de relier l’est à l’ouest  alors très peu connu, la Road 66 a encouragé des milliers d’Américains à prendre la route pour explorer leur pays, et elle est devenue une légende grâce aux nombreux artistes qui l’on célébrée.  Aujourd’hui, la route n’est plus fréquentée que pour le plaisir de découvrir ces succulentes bulles de nostalgie. Ambiance 50’s et 60’s assurée. Prêt à prendre la route ?

La Road 66, rôle et légende

La route 66 a assurément transformé les habitudes des Américains. Point de vue pratique tout d’abord, du fait de son statut de première route transcontinentale goudronnée, elle a permis à ce grand pays que sont les États-Unis d’être relié, facilitant les échanges et les contacts entre les deux rives.

Ensuite, elle a apporté un développement sans précédent dans toutes les petites communes qui la bordaient et fait la modeste fortune de milliers d’Américains qui ont pu monter un business. Elle a enfin donné une touche de romantisme sauvage au voyage si bien qu’elle est presque devenue un label pour les routards. Faire la route 66, c’est entrer au royaume des cools.

Road 66
Carte : Moustyk

Des millions de conducteurs ont arpenté cette artère entre l’Illinois et la Californie, des artistes l’ont célébrée, immortalisée en chansons, textes et tableaux.
Rentrée dans la culture populaire du pays grâce notamment aux artistes , la route 66 fait partie intégrante du patrimoine américain. Elle fait même l’objet d’une réelle adoration pour certains. La visiter, c’est pénétrer dans l’Amérique des années 50, avec ses diners, ses stations essence typique et ses quelques ghost towns ici et là.

Road 66

La place que tient la route 66 dans ce pays ne peut être comprise sans qu’on aborde le rôle de la route. Car rappelons-le, les États-Unis sont un pays où l’on se déplace essentiellement en voiture, où l’on déménage souvent dans un même état, mais aussi d’un état à l’autre. Les Américains ont pour la majorité vécu dans plusieurs états. Les populations sont, en somme, mobiles et la route est le moyen privilégié pour se déplacer.

L’industrie automobile est aussi intimement liée au développement du pays. La production de voitures s’est calquée sur la croissance du pays. En 1913, les Américains étaient propriétaires de 1,2 millions de voitures. En 1925, le nombre de voitures était déjà passé à 19 millions.

Après-guerre, dans les années 40, et au début des années 50, l’industrie automobile en Amérique connut un boom sans précédent : le nombre de voitures était de 39 millions au début des années 50 et à 74 millions au début des années 60.

Route 66

C’est ainsi qu’une vraie industrie s’est développée autour de la voiture, et donc, le long de la route 66 : stations essence, motel, garagistes, et ciné auto, un nouveau loisir apparu avec la voiture. Pour avoir une idée, le nombre de ciné-auto est passé de 52 en 1941 à 4500 en 1956.

Road 66

La route 66 aujourd’hui

Disons-le tout de suite, cette route se mérite ! C’est d’ailleurs ce qui ajoute à la légende. Car, la Mother Road a perdu de sa superbe. De grandes portions ont en effet soit disparu sous l’herbe sauvage, oubliées, ou bien elles ne sont plus du tout entretenues et donc impraticables car bourrées de nids de poule. D’autant que les indications ne sont pas nombreuses, et il est parfois difficile de retrouver son chemin 66.

Road 66

Cependant, aujourd’hui, certaines parties sont encore entretenues et exploitées autour d’anciens bâtiments restaurés pour le tourisme. Des états ont en effet compris l’intérêt de ce patrimoine et de la légende et réhabilitent quelques parties en Historic Road. Et prendre la route 66, c’est plonger dans l’Amérique des années 50, dont certains endroits semblent s’être gelé à cette époque. C’est goûter à l’Amérique profonde de Kerouac, du Train sonnera trois fois…

Holbrook route Arizona Route 66 Photo – Michael R_ Swigart

Les nombreux bâtiments art déco décatis, abandonnés ou reconvertis, aux enseignes à néons, aux banquettes en skaï, rappellent l’activité d’alors : anciennes stations essence, commerces, motels ou cafés encadrent la route du début à la fin du voyage. Sans parler des ghost towns, héritières de l’histoire… Embarquez dans une vieille Américaine et c’est parti pour l’aventure !

Petite histoire de la Mother Road

Dans les années 20, deux businessmen, Cyrus Avery et John Woodruff imaginèrent une « superhighway », une super autoroute (selon les critères de l’époque), entre Chicago et Los Angeles, afin d’étendre les possibilités d’affaire à l’ouest, alors très peu accessible.

Il s’agissait de réunir plusieurs portions de route. L’objectif était de créer davantage qu’un nouvel axe qui relierait plus rapidement l’est et l’ouest, le projet était aussi de relier, par une route goudronnée, les rues principales des villes et villages, afin de dynamiser ces régions et ces centres urbains qui n’avaient, jusque là, aucun accès à des grandes routes.

La Road 66 fut donc la première route transcontinentale goudronnée des États-Unis. Joignant l’est à l’ouest, son itinéraire démarrait à Chicago, Illinois, et reliait Los Angeles, Californie, en passant par le Missouri, le Kansas, l’Oklahoma, le Texas, le Nouveau Mexique et l’Arizona.

Son tracé fut maintes fois modifié sur de petites portions sans pour autant amoindrir son importance. Elle totalisait 3940 kilomètres et couvrait 3 fuseaux horaires. Le projet de route fut mis en application à la fin de l’année 1926. Ce n’est qu’en 1927 que les panneaux de signalisation furent installés, et son goudronnage ne fut achevé qu’en 1937.

L’arrivée de la Road 66 a en effet sensiblement transformé les habitudes et la circulation. D’abord, facilitant considérablement la traversée des États-Unis, elle ouvert la voie vers l’ouest à milliers de personnes avides d’échapper à la misère de l’est.

Ce sont les miséreux du Dust Bowl, les Okies (habitants de l’Oklahoma), qui émigrent en masse vers les terres plus vertes et inconnues du Pacifique. Steinbeck l’appelait « la route des réfugiés ». Les mouvements de migration vers l’ouest ont été rendus possibles pour tous.

Ensuite, elle est apparue comme une opportunité exceptionnelle pour des milliers de petits entrepreneurs qui ont profité de l’affluence croissante pour créer des business autour de la voiture et du service. Elle a permis de développer tous les villages et toutes les villes qui la bordaient : de nombreux commerces se sont installés le long de la route : épiceries, stations essence, cafés, hôtels, etc. La route devint ainsi vite le symbole de la liberté (voyager), des opportunités, du changement, de la modernisation (voiture).

Topock- Arizona Road 66

Mais après la Seconde Guerre Mondiale, un nouveau plan routier fut mis en place au niveau national. Le système routier avait besoin d’un sérieux coup de jeune, et la Road 66 ne pouvait plus supporter son trafic devenu massif.

En 1956, le Federal Aid Highway Act, qui lança la construction massive de tout un système d’autoroutes à travers les Etats-Unis, rapide, directe, contournant les petites villes, le « Interstate Highway System » fut construit, rognant ici et là sur les routes existantes, dont la Road 66.

Et peu à peu, la fréquentation de la route 66 diminua drastiquement. Conséquence, les villages et commerces qui vivaient de l’activité routière périclitèrent petit à petit.
Cependant, à la même époque, elle pris un autre sens, celui de la contestation, et elle accompagne les mouvements beatnik et symbolise les rebelles. Le film Easy Rider la rend culte.

En 1985, elle perdit son appellation de « United States Highway », et disparu des cartes routières nationales.

A la fin des années 80, de nombreuses associations en soutien à la Road 66 se sont créées et ont réhabiliter la route et de la déclarer route historique. De nombreuses portions font aujourd’hui partie du National Register of Historic Places, et certaines, dans l’Illinois, au Missouri et au Nouveau Mexique, ont été reconnues National Scenic Byways depuis 2005. En 2008, le National Park Service a créé un itinéraire spécifique : Discover Our Shared Heritage.
Aujourd’hui, la Road 66 fait partie de l’héritage américain, et de la culture populaire, et routarde.

 Représentation culturelle

La route a toujours attisé un intérêt particulier, pour preuve, le nombre de chansons et de livres qu’elle a inspirées. La première période, celle des mouvements de miséreux, a inspiré Steinbeck, bien sûr, et ses Raisins de la colère qui décrit ces mouvements massif d’émigration vers l’ouest. Born to Run, chanson de Bruce Springsteen évoque également cette période.

Ensuite, c’est son côté romantique et libertaire qui a inspiré. Road 66 est la chanson la plus représentative : écrite par Bobby Troup, elle fut rendue célèbre et mise au rang de standard par Nat King Cole en 1956. Depuis, elle a été chantée par nombre d’artistes : Bing Crosby, Chuck Berry, Charles Trenet…

Born to be wild, de Mars Bonfire, qui a illustré Easy Rider, a collé à l’image de la route, évoquant bikers et liberté. The Mother Road d’Alan Rhody, What’s Left Of 66 de Jason Eklund, Willy Rogers Highway de Kevin Welch, The Long Red Line de Mary Cutrufello sont encore des chansons qui ont célébré la fameuse.

Les Rolling Stones, bien sûr, avec leur Route 66 ont contribué à populariser cette image rock’n roll et branchée et surtout, surtout, Kerouac avec son Sur la route et la Beat generation (Ginsberg, Burroughs…)

Une série a même été consacrée à ce mythe, dans les années 60 : Route 66 suivait les aventures de deux jeunes hommes qui voyageaient de Chicago à Los Angeles.
Aujourd’hui, la Road 66 est mentionnée dans le film Cars 1, car Radiator Spring, le village abandonné dans lequel s’est perdu Flash McQueen est une des villes abandonnées de la route 66.

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