Chicago, la capitale américaine du crime et le repaire d’Al Capone

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Durant la première moitié du XXème siècle, Chicago, dans l’Illinois, s’est forgée une triste réputation de ville sans foi ni loi. Terre de gangsters et criminels comme Al Capone, la troisième métropole des États-Unis par sa population, surnommée Windy City, a été le théâtre de faits divers macabres, de trafics d’alcool, de paris clandestins, de proxénétisme et de règlements de comptes sanglants.

Al Capone, parrain de la mafia durant la Prohibition

Personnage le plus emblématique de l’essor du crime organisé aux États-Unis durant la Prohibition des années 1920, Alphonse Gabriel Capone, dit Al Capone, est né de parents d’origine italienne dans le quartier de Brooklyn à New York en 1899. Adolescent, Al Capone fréquente plusieurs bandes new-yorkaises qui l’initient aux techniques du banditisme.

À l’âge de 20 ans, le jeune homme part s’installer à Chicago, influencé par son mentor Johnny Torrio, le patron de la pègre de la ville, qui lui promet une ville d’opportunités.

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Al Capone, parrain de la mafia durant la Prohibition

Très vite, Al Capone gagne sa confiance et devient même son bras droit avant de prendre sa succession en 1925. Véritable symbole de la corruption, le gangster est alors aux manettes de Chicago Outfit, une organisation criminelle gérant les quartiers sud de la ville.

Son empire prendra rapidement de l’ampleur grâce notamment à la corruption de politiciens, de juges et de policiers. Seuls les quartiers nord de Chicago échappent à son contrôle, restant gérés par le North Side Gang, une branche de la mafia irlandaise aux mains de George Bugs Moran, alias le Branque.

Le massacre de la Saint-Valentin

Al Capone, qui a gagné le surnom légendaire de Scarface en raison d’un combat lui ayant laissé une cicatrice sur la joue gauche, a été le commanditaire du massacre de la Saint-Valentin, le 14 février 1929. Considéré comme le dernier épisode de la guerre des gangs de Chicago, ce règlement de compte sanglant s’est soldé par l’élimination de sept membres du clan mafieux de George Bugs Moran. Un massacre qui permet ainsi à Al Capone de contrôler l’ensemble de la pègre de Chicago.

À son apogée, le parrain de la mafia a été à la tête d’une fortune considérable, avoisinant les 120 millions de dollars, amassée notamment grâce à l’exploitation de bars clandestins, de salles de jeu ou encore de boîtes de nuit.

Le déclin des gangs de Chicago

N’ayant jamais été inquiété pour ses nombreux crimes, Al Capone sera malgré tout été inculpé en 1931 pour évasion fiscale. Une arrestation qui met un coup d’arrêt à sa carrière dans le grand banditisme. Par ailleurs, la fin de la Prohibition, en 1933, entraînera le déclin des clans mafieux de l’Illinois.

Après avoir été transféré dans la célèbre prison d’Alcatraz dans la baie de San Francisco en Californie, puis ayant été libéré pour bonne conduite, Al Capone se retire dans sa villa de Miami Beach en Floride. Le gangster y décède en 1947 d’une crise cardiaque consécutive à une pneumonie. Al Capone avait 48 ans. Sa dépouille repose aujourd’hui au cimetière Mount Carmel à Hillside, dans la banlieue de Chicago.

George Bugs Moran, de son côté, a été interpellé en 1946 pour avoir volé 10.000 dollars à un garçon de courses, un bien maigre butin comparé aux sommes qu’il amassait sous la Prohibition. Condamné à dix ans de prison, le Branque commet, à sa sortie, un nouveau braquage qui l’oblige à purger dix ans supplémentaires au pénitencier de Leavenworth au Kansas. Le bandit y meurt d’un cancer et son corps est jeté dans la fosse commune.

John Dillinger, figure du grand banditisme durant la Grande Dépression

Avec la fin de la Prohibition, les États-Unis pensaient en avoir terminé avec les bandits de haut vol. C’était sans compter sur John Herbert Dillinger Jr., dit John Dillinger, un célèbre braqueur de banques durant la Grande Dépression, la crise économique des années 1930.

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John Dillinger, figure du grand banditisme durant la Grande Dépression

Ce fils d’épicier, né en 1903 à Indianapolis dans l’Indiana, est envoyé derrière les barreaux à l’âge de 20 ans après avoir agressé un commerçant de sa ville natale. La prison sera pour John Dillinger une véritable institution du crime puisqu’il fera la rencontre de nombreux braqueurs et criminels endurcis durant sa détention.

L’ennemi public n°1

Libéré sur parole en 1933, John Dillinger se retrouve à la tête d’une équipe de cambrioleurs aguerris et attaque trois mois plus tard sa première banque. Le bandit, qui enchaînera les braquages sanglants de banques et les attaques de commissariat, est alors l’homme le plus recherché des États-Unis.

Sa cavale infernale s’achèvera en 1934. John Dillinger est abattu par le FBI à la sortie du Biograph Theater, un cinéma de Chicago, où le braqueur venait d’assister à la projection du film « L’Ennemi public n°1 » avec Clark Gable. John Dillinger avait 31 ans.

Sur les traces des plus célèbres bandits de Chicago

Afin de parcourir l’itinéraire qu’a emprunté John Dillinger avant sa mort à Chicago, il faut se rendre au 2433 N Lincoln Ave dans le quartier de Lincoln Park, où se tient encore aujourd’hui le bâtiment du cinéma Biograph Theatre qui a depuis été reconverti en salle de spectacles et qui se nomme Victory Gardens Theater.

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Le Biograph Theatre, devenu le Victory Gardens Theater, une salle de spectacles

La Holy Name Cathedral, le principal sanctuaire catholique de la ville, située au 735 N State St dans le secteur de Near North Side, porte également les stigmates du meurtre en 1926 d’Hymie Weiss. Certaines pierres de l’édifice religieux ont été criblées de balle suite à l’attaque de ce rival d’Al Capone, ayant appartenu à l’organisation mafieuse North Side Gand.

Tandis que certains bâtiments de Chicago gardent encore aujourd’hui la trace indélébile du passé, d’autres ont été démolis. C’est le cas notamment du garage dans lequel s’est déroulé le massacre de la Saint-Valentin, situé au 2122 N Clark St dans le quartier de Lincoln Park. Détruit à la fin des années 1960, le bâtiment a laissé place à un parc de stationnement pour une maison de soins infirmiers située à proximité.

Quant à l’hôtel Lexington, le QG d’Al Capone, qui se situait au 2135 S Michigan Ave dans le quartier de South Loop, il a également été détruit à coups de pelleteuses et de marteaux-piqueurs en 1995. Le bâtiment emblématique a aujourd’hui été remplacé par The Lex, un immeuble résidentiel.

Plusieurs compagnies privées, comme Crime Tours et Gangsters and Ghosts Tours, proposent de marcher sur les traces des criminels et des gangsters de la ville et de revivre l’époque de la Prohibition en vous emmenant dans les coins sombres de Chicago lors de tours organisés.

Des destinés funestes qui inspirent Hollywood

L’histoire d’Al Capone a inspiré de nombreux scénaristes et réalisateurs. En 1932, Howard Hawks réalise « Scarface » avec Paul Muni dans le rôle du célèbre parrain de la mafia. À partir de 1959, la série télévisée policière « The Intouchables », créée par Quinn Martin, captive l’Amérique jusqu’en 1963 avec près de 120 épisodes durant lesquels l’agent spécial Eliot Ness et son équipe traquent le crime organisé dans la ville de Chicago. En 1987, Brian de Palma réalise le film éponyme avec Robert de Niro sous les traits d’Al Capone et Kevin Costner en Eliot Ness. Plus récemment, Tom Hardy incarne Al Capone dans « Fonzo », un biopic réalisé par Josh Trank et attendu en 2019 dans les salles obscures.

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Robert de Niro sous les traits d’Al Capone dans « The Untouchables » (1987)

L’épopée de John Dillinger a également été portée de nombreuses fois sur grand écran. La première date de 1945 avec « Dillinger », un film réalisé par Max Nosseck avec Lawrence Tierney dans le rôle du célèbre malfrat. « Public Enemies » de Michael Mann, sorti en 2009, en est un autre exemple. Un biopic qui réunit un casting de stars avec Christian Bale, Channing Tatum, Marion Cotillard, sans oublier Johnny Depp qui incarne John Dillinger à l’écran.